Galaxies

2015-2024

Galaxies


Une galaxie est une structure cosmique formée par le rassemblement — sous l’effet de la gravitation — d’étoiles et de leurs planètes éventuelles, de gaz, de poussière interstellaire, peut-être essentiellement de matière noire, et contenant souvent un trou noir supermassif en son centre. Wikipédia

Il faut se dépêcher si l’on veut voir encore quelque chose car les choses sont en train de disparaître.

Paul Cézanne

Du proche au lointain, l’image naît de cette imprévisible alchimie du regard voyageur qui combine des éclats épars, des molécules visuelles, selon une logique propre à chacun. Nul hasard dans ces prélevés qui reflètent un lexique personnel dont l’étendue et la signification échappent souvent au photographe. Mais il arrive que de cet alphabet unique, sensible au monde et ses bouleversements, émergent des majuscules, subitement détectables qui, dans leur enchaînement, ouvrent un autre chapitre photographique qui revendique autonomie et raison d’être. Pourtant, il s’agit toujours du même livre empreint de galaxies d’images croisées et entrecroisées au fil des années dans mon univers observable.

Dans mon approche photographique qui révèle et emboîte, met en tension et strate le paysage, une multitude de détails constitue le tissage des images, sans pour autant en dérouter la perception globale. Mais mon regard part du sol, des pieds, du petit périmètre dont la texture et la consistance imposent l’attention à l’immédiate proximité. Cette considération du proche, de l’intime, avant le lointain, produit une rencontre presque tactile avec des fragments compacts du réel, petites briques dépourvues d’horizon et de profondeur.

Depuis des années, sans but ni raison précise, je les collecte, telles des poussières d’étoiles échouées sur mon chemin, des présences, des à – côtés, sur lesquels trébuche, et parfois s’appuie, mon regard. Des images dont le statut diffère des autres photographies. Mais pour quelle raison en extraire précisément celles-ci, aujourd’hui ? Les précipiter sur le papier, leur reconnaître une gravité cachée ? Un sauvetage aléatoire puisque tout disparaît si vite ?

Je réalise aujourd’hui que ce qui leur confère la légèreté de la prise réside dans la spontanéité du geste. Ici, tout de suite. Les fourrer dans la poche, cailloux du Petit Poucet. Sans hésiter, je me sers souvent de l’outil à portée de ma main, mon téléphone. Saisir ainsi la fragilité de l’instant, comme une boule de neige dissoute instantanément par la chaleur de la main, mais dont persiste la sensation durable d’une rencontre. Dans ces brefs instants, j’habite un blanc, sans question, ni réponse. Le bonheur de la photographie. Je touche l’infini et ses aspérités qui raccommodent, brièvement, le monde.

    Beatrix von Conta, 2024

Back to top arrow